
«... Et puis au petit matin, la lunette était là... Et lui avait disparu. Cela fera bientôt quatre ans. » Arthur reste un peu ahuri.
- Il a disparu comme ça, sans mot, sans rien ? La Mamie hoche doucement la tête.
- Cela devait être vraiment important pour qu'il parte comme ça, sans même nous prévenir, lâche-t-elle avec une pointe d'humour.
Elle tape dans ses mains comme on claque une bulle de savon pour rompre l'enchantement.
- Allez ! On va finir par être en retard ! File mettre un gilet ! Arthur part en courant joyeusement vers sa chambre. Seuls les enfants ont ce pouvoir de passer aussi facilement d'une émotion à l'autre, comme si les choses les plus lourdes n'avaient pas réellement de poids, avant l'âge de dix ans.
La Mamie sourit à cette pensée, elle pour qui c'est parfois si difficile d'oublier le poids des choses, ne serait-ce que quelques minutes.
La Mamie a réajusté son chapeau, une nouvelle fois. Elle traverse le jardin de devant et se dirige vers sa Chevrolet pick-up, plus fidèle qu'une vieille mule. Arthur enfile son gilet tout en courant et fait automatiquement le tour de la voiture, comme un bon passager. Un tour dans cet astronef, digne des pionniers de l'espace, est toujours une aventure pour lui.
La Mamie tripote deux ou trois boutons et tourne la clef, plus dure qu'une poignée de porte.
Le moteur toussote, crachote, puis s'emballe, se bloque, s'engorge, se purge, s'énerve et finit par démarrer. Arthur adore le doux ronronnement du vieux diesel, qui ressemble à s'y méprendre au bruit d'une machine à laver mal calée.
