
Alfred le chien est bien loin de toutes ces considérations et, par conséquent, loin de la voiture. Tout ce bruit pour si peu de résultats le laisse perplexe. La Mamie s'adresse à lui :
« Serait-il possible, sans te contrarier bien sûr, de m'accorder exceptionnellement une faveur ? »
Le chien lève une oreille. Les faveurs sont souvent associées aux récompenses.
« Garder cette maison ! », lui lance-t-elle impérieusement. Le chien aboie, sans vraiment savoir à quoi il vient de donner son approbation.
« Merci. C'est très aimable à toi », lui répond poliment la grand-mère.
Elle lâche le frein à main, pareil à un manche de passage à niveau et engage la Chevrolet vers la sortie.
Un nuage de poussière fait maintenant remarquer le petit vent léger qui berce en permanence cette charmante campagne. Et la voiture s'éloigne sur la colline verdoyante, empruntant cette minuscule route qui serpente vers la civilisation.
La ville n'est pas bien grande mais très agréable. La grande rue centrale abrite la quasi-totalité des boutiques et marchands.
De la mercerie au cordonnier, on ne trouve que de l'utile. Il n'y a pas vraiment de place pour la futilité quand on vit aussi loin de tout.
La civilisation n'a pas encore frappé trop violemment cette aimable bourgade qui semble s'être développée naturellement, au fil du temps.
Et même si les premiers réverbères ont fait leur apparition dans l'avenue principale, ils éclairent davantage les attelages à chevaux et les bicyclettes que les automobiles. Autant dire que le pick-up de Mamie fait l'effet d'une Rolls. Elle vient se garer face au magasin qui, sans conteste, est le plus important de la ville. Une enseigne imposante affiche fièrement le nom du propriétaire et sa fonction : « DAVIDO CORPORATION. Alimentation générale. » Autant dire qu'il couvre large.
