
« Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi, poursuivit le Grand Maître Suprême. Il a autrefois existé un âge d’or où les hommes dignes de pouvoir et de respect étaient justement récompensés. Un âge où Ankh-Morpork n’était pas seulement une grosse ville mais une grande cité. Un âge de chevalerie. Un âge où… oui, frère Tourduguet ? »
Une silhouette corpulente en robe baissa la main. « Est-ce que vous voulez parler du temps où on avait des rois ?
— Bravo, frère, complimenta le Grand Maître Suprême, vaguement ennuyé par cette preuve inhabituelle d’intelligence. Et…
— Mais la question a été réglée y a des siècles de ça, fit le frère Tourduguet. Est-ce qu’il y a pas eu une grande bataille ou je n’sais quoi ? Et depuis on a les seigneurs dirigeants, comme le Patricien.
— Oui, très bien, frère Tourduguet.
— Y a plus de rois, c’est là où je veux en venir, expliqua obligeamment le frère Tourduguet.
— Comme le dit frère Tourduguet, la lignée des…
— C’est quand vous avez parlé de chevalerie que ça m’a mis la puce à l’oreille, ajouta le frère Tourduguet.
— Tout à fait, et…
— Ça va avec les rois, la chevalerie, continua joyeusement le frère Tourduguet. Tout comme les chevaliers. Et ils avaient des…
— Toutefois, le coupa sèchement le Grand Maître Suprême, il se pourrait bien que la lignée des rois d’Ankh ne soit pas aussi défunte qu’on l’a cru jusqu’ici, et que sa progéniture existe encore aujourd’hui. C’est ce que révèlent mes recherches dans des manuscrits anciens. »
Il recula, dans l’attente d’une réaction. Mais apparemment, il n’obtenait pas l’effet escompté. Ils comprennent sûrement « défunte », songea-t-il, mais j’aurais dû éviter « progéniture ».
Le frère Tourduguet avait encore la main levée.
« Oui ?
— Vous dites qu’y a un genre d’héritier du trône à se balader dans la nature ? demanda le frère Tourduguet.
