
— C’est peut-être le cas, oui.
— Ouais. Ils font ça, vous savez, dit le frère Tourduguet d’un air entendu. Ça arrive à tout bout de champ. On lit des trucs là-dessus. Des “reguetons”, ça s’appelle. Ils se cachent dans des trous perdus pendant un temps fou, ils se transmettent l’épée secrète, la tache de vin et ainsi de suite de génération en génération. Et puis, juste au moment où le vieux royaume a besoin d’eux, ils s’amènent et flanquent dehors les usurpateurs en place. Et après, on a droit à des réjouissances générales. »
Le Grand Maître Suprême sentit sa bouche s’ouvrir toute grande. Il n’avait pas prévu que ce serait aussi facile.
« Oui, d’accord, fit une silhouette dans laquelle le Grand Maître Suprême reconnut le frère Plâtrier. Et alors ? Mettons qu’un regueton s’amène, il va voir le Patricien et il lui dit : “Bien l’bonjour, je suis roi, voici la tache de vin comme prévu, maintenant tire-toi.” Il peut s’attendre à quoi, après ça ? Une espérance de vie de peut-être deux minutes, voilà tout.
— Vous écoutez pas, fit le frère Tourduguet. Ce qu’il faut, c’est que le regueton, il arrive quand le royaume est en danger, non ? Alors, tout le monde peut le voir. Après, on l’emmène au palais, il guérit quelques malades, annonce une demi-journée de congé, offre un peu de son trésor, et le tour est joué.
— Faut aussi qu’il épouse une princesse, ajouta le frère Portier. Vu qu’il est gardien de cochons. »
Ils le regardèrent.
« Qui a dit ça, qu’il était gardien de cochons ? demanda le frère Tourduguet. Moi, je l’ai jamais dit, qu’il était gardien de cochons. C’est quoi, cette histoire de gardien de cochons ?
— Y a pourtant du vrai dans ce qu’il dit, fit le frère Plâtrier. C’est en général un gardien de cochons, un forestier, quelque chose dans ce goût-là, le regueton classique. Rapport qu’il est un… machin, là. Cognito. Faut qu’ils aient l’air d’origine modeste, comprenez.
