— Ç’a rien d’extraordinaire, les origines modestes, intervint un frère miniature qui paraissait uniquement composé d’une petite robe noire ambulatoire soutenue par une mauvaise haleine. J’en ai des tas, d’origines modestes, moi. Pour nous autres, dans ma famille, garder les cochons, c’était un boulot de rupins.

— Mais votre famille, elle est pas de sang royal, frère Cagoinces, fit observer le frère Plâtrier.

— Elle pourrait, répliqua le frère Cagoinces d’un ton boudeur.

— Bon, ça va, maugréa le frère Tourduguet. D’accord. Mais au moment décisif, vous voyez, le vrai roi rejette sa cape, il dit “Regardez !” et sa qualité de roi apparaît à tous.

— Elle apparaît comment, au juste ? demanda le frère Portier.

(— … Pourrais être de sang royal, moi, marmonna le frère Cagoinces. Pas l’droit de dire que j’pourrais pas être de sang…)

— Écoutez, elle apparaît, c’est tout, d’accord ? On la reconnaît quand on la voit.

— Mais avant ça, faut qu’il sauve le royaume, fit observer le frère Plâtrier.

— Oh, oui, fit le frère Tourduguet d’une voix accablée. Ça, c’est le plus important.

— Qu’il le sauve de qui, alors ?

(— … Autant l’droit qu’un autre de pouvoir être de sang royal…)

— Du Patricien ? » répondit le frère Portier.

Le frère Tourduguet, soudain promu expert ès royautés, secoua la tête.

« Pour ce que j’en sais, le Patricien, c’est pas exactement une menace, fit-il. C’est pas franchement un tyran. L’est moins mauvais que certains autres qu’on a eus. J’veux dire, il opprime pas vraiment.

— Moi, on m’opprime tout le temps, dit le frère Portier. Maître Crichelet, là où je travaille, il m’opprime matin, midi et soir, il me crie dessus et tout. Et la marchande de légumes, dans son magasin, elle m’opprime tout le temps aussi.

— C’est vrai, renchérit le frère Plâtrier.



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