
— En plus de ça, elle me carotte sur le poids, ajouta le frère Portier. Et elle…
— Oui, oui, oui, le coupa le Grand Maître Suprême. Ça ne fait aucun doute, les gens sains d’esprit d’Ankh-Morpork subissent le joug des oppresseurs. Cependant, un roi se révèle généralement dans des circonstances plus spectaculaires. À l’occasion d’une guerre, par exemple. »
L’affaire se présentait sous les meilleurs auspices. Malgré leur stupidité égocentrique, il se trouverait bien un petit malin pour faire la suggestion qu’il attendait.
« Y avait une vieille prophétie, un truc comme ça, dit le frère Plâtrier. Mon grand-père m’en a parlé. » Son regard se voila sous le colossal effort de mémoire. « En vérité, le roi viendra, il apportera la Loi et la Justice, il ne connaîtra que la Vérité, et son Épée servira et protégera le Peuple. Faut pas tous me regarder comme ça, j’invente rien.
— Oh, celle-là, on la connaît tous. Et ça nous ferait une belle jambe, rétorqua le frère Tourduguet. Je veux dire, il ferait quoi ? Il s’amènerait à cheval avec la Loi, la Vérité et ainsi de suite comme les Quatre Cavaliers de l’Apocralypse ? Salut tout le monde, c’est moi le roi, glapit le frère, et voici la Vérité, là-bas, qui donne à boire à son cheval. Pas très réaliste, hein ? Nan. Faut pas se fier aux vieilles légendes.
— Pourquoi ça ? demanda le frère Cagoinces d’une voix irritée.
— Parce qu’elles sont légendaires. C’est à ça qu’on les reconnaît, répliqua le frère Tourduguet.
— Les princesses endormies, ça c’est un bon truc, fit le frère Plâtrier. Y a qu’un roi qui peut les réveiller.
— Dites donc pas de bêtises, le réprimanda le frère Tourduguet. Si on a pas de roi, on peut pas avoir de princesse. Ça tombe sous le sens.
