
— Évidemment, dans le temps c’était facile, fit joyeusement observer le frère Portier.
— Pourquoi ?
— Il lui suffisait de tuer un dragon. »
Le Grand Maître Suprême claqua des mains et adressa une prière silencieuse à l’éventuel dieu à l’écoute. Il ne s’était pas trompé sur ces gens. Tôt ou tard leurs petits esprits décousus les conduisaient là où l’on voulait qu’ils aillent.
« Ça, c’est une idée intéressante, roucoula-t-il.
— Marcherait pas, objecta le frère Tourduguet d’un ton maussade. Y a plus de gros dragons de nos jours.
— Il pourrait y en avoir. »
Le Grand Maître Suprême fit craquer les articulations de ses doigts.
« Pardon ? fit le frère Tourduguet.
— J’ai dit qu’il pourrait y en avoir. »
Un rire nerveux s’échappa des profondeurs du capuchon du frère Tourduguet.
« Quoi ? Des vrais ? Avec les grosses écailles et les ailes ?
— Oui.
— Un souffle comme un haut-fourneau ?
— Oui.
— Les gros machins griffus au bout des pattes ?
— Des serres ? Oh, oui. Autant que vous voulez.
— Qu’est-ce que vous entendez par là, autant que je veux ?
— J’espère que c’est évident, frère Tourduguet. Si vous voulez des dragons, vous pouvez en avoir. Vous pouvez vous-même en faire venir un ici. Tout de suite. En ville.
— Moi ?
— Vous tous. Enfin, nous tous », répondit le Grand Maître Suprême.
Le frère Tourduguet hésitait. « Ben, j’sais pas si c’est une très bonne…
— Et il obéirait à chacun de vos ordres. »
La précision les arrêta. Tout net. Elle tomba devant leurs petits esprits de fouines comme un morceau de viande dans une fourrière pour chiens.
« Vous pouvez nous répéter ça ? demanda lentement le frère Plâtrier.
— Vous le dirigez. Vous lui faites faire tout ce que vous voulez.
