
— Quoi ? Un vrai dragon ? »
Les yeux du Grand Maître Suprême roulèrent dans l’intimité de son capuchon.
« Oui, un vrai. Pas un petit dragon des marais apprivoisé. Le modèle d’origine.
— Mais je croyais qu’ils étaient… vous savez… midiques. »
Le Grand Maître Suprême se pencha en avant.
« Ils étaient à la fois mythiques et réels, dit-il d’une voix forte. À la fois onde et particule.
— J’vous suis plus, avoua le frère Plâtrier.
— Je vais vous expliquer, alors. Le livre, je vous prie, frère Crocheteur. Merci. Frères, je dois vous dire, lorsque je suivais mes cours auprès des Maîtres Secrets…
— Les quoi, Grand Maître Suprême ? lança le frère Plâtrier.
— Pourquoi vous écoutez pas ? Vous écoutez donc jamais ! Les Maîtres Secrets, il a dit ! le réprimanda le frère Tourduguet. Vous savez, les sages vénérables qui vivent sur une montagne, qui dirigent tout en secret, qui lui ont appris les traditions et tout, qui marchent sur le feu et tout. Il nous en a parlé la semaine dernière. Il va nous apprendre, pas vrai, Grand Maître Suprême ? termina-t-il, obséquieux.
— Oh, les Maîtres Secrets, fit le frère Plâtrier. Pardon. C’est à cause de ces capuchons occultes. Pardon. Secrets. Je me souviens. »
Mais quand je dirigerai la cité, songea le Grand Maître Suprême, il n’y aura rien de tout ça. Je formerai une nouvelle société secrète d’hommes à l’esprit vif, intelligents, mais pas trop évidemment, pas trop intelligents. Ensuite nous renverserons le tyran cruel et froid, nous entrerons dans un nouveau siècle des Lumières, de fraternité et d’humanisme, Ankh-Morpork deviendra une Utopie et les individus dans le genre du frère Plâtrier se feront griller à petit feu, si j’ai voix au chapitre, ce que j’aurai. Eux et leur figuin
« Je disais donc : quand je suivais mes cours auprès des Maîtres Secrets… reprit-il.
