
Vernessi se renversa en arrière, l’air plutôt content de lui.
Quand on passe une grande partie de sa vie sous terre, on développe un esprit extrêmement prosaïque. Les nains n’ont pas l’usage des métaphores et autres procédés de langage assimilés. Les cailloux sont durs, l’obscurité obscure. Vouloir perdre son temps avec des descriptions pareilles, c’est s’attirer de gros ennuis, voilà leur devise. Mais après avoir discuté pendant deux siècles avec des humains, le roi avait, au prix de gros efforts, comme qui dirait acquis un outillage mental presque suffisant pour saisir leur pensée.
« Je ne m’appelle pas Simone, mais j’ai un oncle Smon, Smon Fortdubras, et il a bien une voiture.
— Ça revient au même. »
Suivit une pause pendant laquelle le roi soumit les paroles de Vernessi à une analyse poussée.
« Vous dites, fit-il en pesant chaque mot, qu’on devrait envoyer Carotte pour qu’il devienne un canard chez les humains parce que Smon Fortdubras a une voiture.
— C’est un brave garçon. Beaucoup de débouchés pour un grand gars costaud comme lui, dit Vernessi.
— J’ai entendu dire que des nains partent parfois travailler à la grand-ville, dit le roi d’une voix hésitante. Et ils renvoient de l’argent à leurs familles, ce qui est très louable et très correct.
— Eh bien, voilà. Trouvez-lui un emploi dans… dans… – Vernessi chercha l’inspiration – dans le Guet, quelque chose comme ça. Mon arrière-grand-père était dans le Guet, vous savez. Bon boulot pour un grand gars, qu’il disait, mon grand-père.
— C’est quoi, un guet ? demanda le roi.
— Oh, répondit Vernessi avec l’air vague de celui dont la famille n’a pas voyagé à plus de trente kilomètres depuis trois générations, ils s’occupent de vérifier que les gens respectent la loi et font ce qu’on leur dit.
