— Un souci fort convenable, dit le roi, lequel, étant d’ordinaire celui qui disait quoi faire aux autres, avait des vues bien arrêtées sur la question.

— Évidemment, ils n’embauchent pas n’importe qui, fit Vernessi qui draguait le fond de sa mémoire.

— Je m’en doute bien, pour une tâche aussi importante. J’écrirai à leur roi.

— Je ne crois pas qu’ils aient un roi, là-bas. Seulement quelqu’un qui leur dit quoi faire. »

Le roi des nains ne sourcilla pas. Pour ce qu’il en savait, c’était à quatre-vingt-dix-sept pour cent la définition de la royauté.

Carotte prit la nouvelle sans faire d’histoires, comme lorsqu’on lui donnait des instructions pour rouvrir le puits n°4 ou tailler des madriers en guise d’étais. Tous les nains sont par nature consciencieux, sérieux, instruits, obéissants et réfléchis ; ils n’ont qu’un petit défaut : la manie, après un verre, de se ruer sur leurs ennemis en criant « arrrrrrgh ! » pour leur trancher les jambes à la hache au niveau des genoux. Carotte ne voyait aucune raison d’être différent. Il irait dans cette ville – quel que soit le sens à donner à ce mot – et on ferait de lui un homme.

Ils n’embauchaient que les meilleurs, des messieurs, des vrais, avait dit Vernessi. Un garde du guet devait être un combattant accompli et irréprochable dans ses pensées, ses paroles et ses actes. Du fin fond de sa réserve ancestrale d’anecdotes, le vieillard avait remonté des histoires de poursuites au clair de lune sur les toits et de batailles terribles contre des gredins que son arrière-grand-père avait évidemment vaincus malgré leur supériorité numérique écrasante.

Carotte devait reconnaître que c’était plus alléchant que le travail à la mine.

Après un temps de réflexion, le roi avait écrit au dirigeant d’Ankh-Morpork et lui avait respectueusement demandé si on pouvait songer à Carotte pour un poste parmi ces Messieurs dont avait parlé Vernessi.



27 из 342