
Monsieur Vernessi lui avait fait un autre cadeau. Un petit livre, mais très épais, relié dans un cuir que les ans avaient rendu aussi dur que du bois.
Il s’intitulait : Lois Ordonnances des cités d’Ankh et de Morpork.
« Ça aussi, c’était à mon arrière-grand-père. C’est ce que doit savoir le Guet. Faut que tu connaisses toutes les lois pour devenir un bon officier », avait-il dit vertueusement.
Vernessi aurait peut-être dû se souvenir d’un détail : jamais dans toute la vie de Carotte on ne lui avait vraiment menti ni donné une consigne qu’il n’était pas censé prendre au pied de la lettre. Le jeune homme avait accepté le livre avec gravité. Il ne lui serait jamais venu à l’idée, s’il devait devenir officier du Guet, de ne pas en être un bon.
Ce fut un voyage de huit cents kilomètres qui, chose surprenante, se déroula sans histoires. Les particuliers de plus d’un mètre quatre-vingt-dix et de quasiment autant en largeur d’épaules voyagent souvent sans histoires. Les imprudents qui leur bondissent sous le nez de derrière des rochers finissent toujours par s’excuser : « Oh. Pardon. Je vous ai pris pour quelqu’un d’autre. »
Il avait passé le plus clair du trajet à lire.
Et maintenant Ankh-Morpork s’offrait à ses yeux.
Il se sentait un peu déçu. Il s’était attendu à de hautes tours blanches dressées au-dessus du paysage et à des drapeaux. Ankh-Morpork ne se dressait pas. On aurait plutôt dit qu’elle se tapissait, qu’elle s’accrochait au terrain comme si elle craignait de se faire voler. Il n’y avait pas de drapeaux.
Un garde se tenait de faction à la porte de la cité. Du moins il portait une cotte de mailles, et l’objet sur lequel il s’appuyait était une lance. C’était forcément un garde.
Carotte le salua et lui présenta la lettre. L’homme la considéra un moment.
« Mmm ? fit-il enfin.
— Je crois qu’il faut que je voie Lupin Gribouille, Sec. pp, dit Carotte.
