Vernessi, assis devant sa cabane, enfilait des champignons séchés sur une ficelle.

« Salut, Carotte, dit-il en l’invitant à l’intérieur. Content d’aller à la ville ? »

Carotte réfléchit un instant.

« Non, répondit-il.

— Tu commences à regretter, hein ?

— Non, je marchais comme ça, dit franchement Carotte. Je ne pensais à rien de spécial.

— Ton p’pa t’a donné l’épée, hein ? fit Vernessi en fourrageant sur une étagère nauséabonde.

— Oui. Et un gilet de laine pour me protéger contre les coups de froid.

— Ah. Oui, des fois c’est très humide, là-bas, à ce qu’on m’a dit. Se protéger. Très important. »

Il se retourna et ajouta, d’un ton théâtral : « Ça, c’était à mon arrière-grand-père. »

Il s’agissait d’un objet curieux, vaguement hémisphérique, bordé de lanières.

« Un genre de fronde ? » demanda Carotte après l’avoir examiné dans un silence poli.

Vernessi lui expliqua.

« Une coquille, comme les escargots ? fit Carotte, intrigué.

— Non. C’est pour quand tu te bats, marmonna Vernessi. Faut la porter tout le temps. Ça protège tes parties vitales, quoi. »

Carotte l’essaya.

« C’est un peu petit, monsieur Vernessi.

— C’est parce que tu l’as mise sur la tête, tu vois. »

Vernessi lui donna des explications plus précises, à l’étonnement croissant puis à la grande horreur de Carotte. « Mon arrière-grand-père me disait, conclut Vernessi, que sans ça je ne serais pas ici aujourd’hui.

— Qu’est-ce qu’il entendait par là ? »

La bouche de Vernessi s’ouvrit et se referma plusieurs fois. « Aucune idée », fit-il lâchement.

Bref, l’objet honteux gisait désormais tout au fond du havresac de Carotte. Les nains ne s’intéressent guère à ce genre de choses. L’horrible protection donnait un aperçu d’un monde aussi étranger que la face cachée de la lune.



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