
San-Antonio
Au suivant de ces messieurs
A Pierre Champion, René Cesler et Francis Gaudard, en m’excusant d’apporter la petite guerre au pays de la paix.
Amicalement.
Les personnages de ce récit sont imaginaires et fictifs.
Alors, hein ? Pas d’histoires !
PREMIÈRE PARTIE
1
C’est le zonzon feutré de l’aspirateur de Félicie qui me réveille… Ou du moins c’est ce bruit-là que j’entends en sortant du tunnel. Le temps de compter jusqu’à un, très lentement, et voici que se déchaîne dans ma tronche la plus terrible gueule de bois homologuée depuis que Noé inventa le picrate. J’ai l’impression d’avoir nettoyé les gogues d’une caserne avec la langue. Et il y a du ramdam sous ma coiffe ! Je ne sais pas quel est le dégourdi qui a installé cette turbine entre mes tempes, mais je peux vous dire qu’il aurait mieux fait de la mettre ailleurs !
La chambre au papelard cretonne décrit un lent mouvement de rotation qui m’oblige à me cramponner au bastingage. Des étincelles crépitent dans mes yeux, au point que je me crois soudain déguisé en feu d’artifice. Je ne me souviens plus où j’ai ramassé cette biture, mais je me doute que ça n’était pas au thé de la marquise de Talèredune. Pour le moment, tout effort mnémonique est au-dessus de mes moyens. J’attends donc que ça se tasse, mais ce genre de maladie a besoin qu’on s’occupe d’elle. L’ayant compris, je hasarde un pied prudent hors de ma couche… Je foule la carpette, je me dresse, et puis, v’lan, cet abruti de plancher vient m’embrasser à pleine bouche ! Je me chope une bosse frontale qui ferait crever de jalousie le doyen des rhinocéros. Du coup, mes étincelles font place à des chandelles. Inutile de les dénombrer, je sais qu’il y en a trente-six !
