
Je suis à genoux sur ma descente de lit (pour une descente, c’en est une vraie que je viens de réussir : en piqué avec chute libre et ouverture du parachute à retardement) ! Félicie a bloqué son Electrolux et s’annonce, les coudes au corps. Elle délourde à la volée, ce qui décroche mon râtelier de pipes.
— Que se passe-t-il, Antoine ?
Je la regarde et je vois une demi-douzaine de Félicies, toutes plus inquiètes les unes que les autres.
— Tu es malade ?
Je secoue la tête, ce qui m’arrache un gémissement douloureux. La turbine mal arrimée vient péter contre mon front.
— Veux-tu que j’appelle le docteur ?
— Non… Bicarbonate, café noir… citron !
Ayant procédé à cette énumération, je m’allonge carrément par terre, histoire de cramponner ce salaud de plancher qui poursuit sa valse chaloupée. Comme ça n’est pas la première fois que je traîne une cuite pour grande personne, Félicie s’empresse de mettre en vigueur le dispositif numéro 44 bis, celui des cas urgents ! Elle s’éloigne pour revenir avec une vessie pleine de glace qu’elle pose sur mon front. Ensuite, c’est le verre de café avec deux jus de citron que je dois me farcir. Et, pour couronner ses efforts, j’ai droit à deux grandes cuillerées d’Eno…
Je me laisse faire. Je ne suis plus le boute-entrain que vous connaissez, mais plutôt la dernière des guenilles à sa sortie de l’essoreuse. Je calfeutre mes lampions et j’attends une paire de minutes que les différents ingrédients avalés opèrent leur office.
Effectivement, ça se tasse un peu et j’ai la force de me traîner sous la douche. Je la prends écossaise, c’est-à-dire à carreaux. Lorsque je sors du tub, je luis comme un derrière de singe et des forces neuves se pointent en colonnes par quatre dans mon organisme dévasté. Félicie m’attend à la cuistance avec un reste de viande froide et un kil de rouquin. Elle n’ignore pas que je traite le mal par le mal. Je morfile un bout de bœuf décédé et j’avale en me cramponnant un grand glass d’Aramon. Au début, c’est du vitriol qui me fouaille l’intérieur, et puis ça se met à carburer pour de bon.
