
— Voilà qui est raisonnable !
En riant, elle va chercher une bouteille dans un placard et se dirige vers la cuisine.
— Seulement je n’ai pas de glace ! crie-t-elle à la cantonade. Mon frigidaire est débranché…
— Aucune importance, mon petit…
Elle revient, tenant deux verres dont l’un comporte une formidable rasade.
— Dites, c’est pour moi, tout ça ?
— Oui, moi je n’aime pas beaucoup le whisky ! Santé !
Elle a lancé ça d’une voix chantante. Je choque mon verre contre le sien et je déguste le breuvage. Son scotch n’est pas fameux, mais ça ne fait rien, car elle est assez jolie pour qu’on le lui pardonne.
J’en avale une seconde rasade et je pose mon verre sur la table basse du salon.
— Asseyez-vous…
Je me laisse choir sur le sofa. Elle vient se pelotonner contre moi et nous nous embrassons à bouche que veux-tu.
J’ai comme qui dirait de l’électricité au bout des salsifis… Je ne suis plus un homme, mais un transformateur… Ma main caresse un bas extra-fin tendu par un mollet parfait… C’est doux et c’est irritant à la fois. Je remonte… Elle proteste un peu parce qu’il faut bien sacrifier à l’hypocrisie qui régit la civilisation. Mais ma main remonte, remonte… Et voilà que soudain elle s’alourdit.
Je suis sans force. Un grand froid enserre ma tête. Bon Dieu, que se passe-t-il ? Je ne vais pas prendre un malaise ! Ça la foutrait mal.
Je retire ma main à grand-peine du charmant étau qui l’emprisonne… Je la porte à mon front. Bien que j’aie froid, il ruisselle de sueur.
Gretta me regarde :
— Ça ne va pas ?
J’ai la langue en plomb. Je réussis pourtant à répondre :
— Ce n’est rien…
Et puis je pige en découvrant les yeux de la femme blonde. Ses deux grands yeux myosotis ne sont pas inquiets mais scrutateurs. Ils me surveillent.
La colère parvient à m’insuffler des forces nouvelles.
