La pauvrette se lamente. Elle veut bien embrasser son fiancé, mais pas sa religion.

Je lui conseille fortement de choisir un dénominateur commun. Pourquoi ne se feraient-ils pas mahométans l’un et l’autre ? Elle rit. Je ris aussi. Pas longtemps, car ma pauvre frite se reflète dans la glace du bar au milieu des petits drapeaux de tous les pays homologués sur la planche en couleur du Larousse au mot pavillon.

J’ai une tronche de déterré. Je fais un peu masque de cire ! Heureusement, le haut-parleur annonce l’arrivée imminente de l’avion de la T.W.A. Je finis mon verre et paie nos orgies.

— Embrassez le fiancé pour moi ! lancé-je à la môme.

— Vous attendez quelqu’un ? me demande-t-elle.

— Oui…

Elle me téléphone un clin d’œil salingue.

— Votre bonne amie ?

— Non, un vieux camarade de régiment ! On a fait la guerre ensemble, et on va peut-être la refaire… Quand une habitude est prise, vous savez, pour s’en débarrasser !

Je quitte le bar sur ces mots et m’approche du terrain. Un point argenté scintille dans le ciel, pareil à une escarbille de soleil

Le point vrombit et se précise… Il tourne lentement au bout de l’horizon, décrivant une trajectoire harmonieuse… Puis il se pose en souplesse au bout du terrain et lentement se rapproche en rampant, semblable à quelque monstre antédiluvien. Les hélices commencent à être visibles. Elles ralentissent et s’arrêtent.

J’attends.

Vous dire que je suis à mon aise serait exagéré. On éprouve toujours une sacrée anxiété lorsqu’on attend un Monsieur pour lui régler son compte.



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