— Vous avez pris vos dispositions ?

— Oui. Ne vous tracassez pas !

— Alors à bientôt !

Il est optimiste, le Patron. Le dargeot dans son fauteuil pivotant, au troisième étage de la maison poulardin, il ne craint pas grand-chose et peut apprendre à nager dans l’euphorie !

— Espérons, grommelé-je en raccrochant.

Maintenant au turbin. Je vais écluser un bol de café noir avec une flopée de croissants. Ensuite c’est un marc de Bourgogne de la bonne année et, fouette cocher, je me lance dans les bégonias.

Mes deux tires louées sont toujours dans le parking où je les ai laissées.

Je prends la Porsche pour commencer et je la pilote jusqu’au carrefour repéré la veille et qui se situe à mi-chemin de l’aérodrome.

Je la range dans une voie perpendiculaire à la route qu’empruntera Vlefta… Je prends un tramway jusqu’en ville et je grimpe cette fois dans la Mercedes. Je commence à connaître par cœur le trajet jusqu’à l’aérogare. Il est dix heures moins vingt lorsque je parviens. Le zoziau de New York est annoncé pour dix plombes et quelques poussières. J’ai le temps de me farcir un double cognac au bar luxueux… La barmaid est jolie comme… (J’allais dire un cœur. Vous trouvez qu’un cœur est joli, vous ? A mon avis c’est répugnant. Ce qui prouve que les symboles pervertissent tout !)… Mettons qu’elle soit jolie comme un bouquet de printemps et n’en parlons plus. Je ne peux m’empêcher de la regarder, bien que mon penchant pour les bergères bien roulées soit moins vif depuis quelques heures. Elle a un sourire qui est la mort des boutons de pantalon et des roberts qui vous rappellent que la Suisse est un pays laitier.

Je lui demande ce qu’elle fait ce soir, elle me répond qu’elle sort avec son fiancé. Son fiancé s’appelle Frank et il est aviateur. J’espère qu’il sera à la hauteur !

J’offre l’apéritif à la douce gosseline. Elle se boit un Martini et me raconte la vie de l’homme de la sienne. Sujet d’élite, s’il vous plaît… Premier à tous les concours… Et aimant avec ça ! Et beau gosse ! Une seule ombre au tableau dans leur idylle : il est protestant et elle catholique ! Alors n’est-ce pas, tiraillement dans les familles : la bataille de l’eau de Lourdes, quoi !



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