
Brusquement, j’éprouve comme un pincement à la nuque. J’entends des pas dans le couloir. Des pas qui s’arrêtent devant chaque compartiment… J’entends s’ouvrir les portes et je les entends se refermer sans qu’une parole soit proférée. Pas de doute… C’est une patrouille de bignolons… Je me fais tout petit, tout petit ! Si ça continue, je vais finir par faire partie du capitonnage de ma banquette. Ce serait pour l’instant mon rêve le plus cher.
Les pas approchent. Je vois bouger la poignée de la porte à glissière. Une main puissante la tire en arrière et la lourde s’ouvre brutalement. Je ferme les carreaux et fais semblant d’en écraser… Entre mes cils baissés, je distingue deux visages fermés. Ce sont deux des poulets aperçus au buffet.
Ils regardent et m’examinent. L’un d’eux entre dans le compartiment. L’autre reste dans l’encadrement de la porte. Celui qui vient d’entrer me touche le bras en disant quelque chose en allemand. Je sursaute comme un homme réveillé. Je lui fais un très joli sourire de cent quarante de large.
Puis, comme rappelé à une réalité élémentaire, j’extrais mon billet et le lui tends comme si je me méprenais sur la nature de ses fonctions.
Ça manque réussir. Il est un tantinet désarçonné, le costaud. Visiblement, il n’a pas inventé l’appareil à sculpter les éponges. Il quête un avis de son collègue, lequel paraît plus vachard. Ce dernier a un hochement de tête qui m’est fatal…
Il s’avance aussi dans le compartiment. Pas d’erreur, mes agneaux, c’est le commencement de la fin. Avec ce que j’ai sur moi, je suis certain de filer droit à la maison aux mille lourdes de Berne.
— Vous désirez ? demandé-je d’un ton impatient.
— Présentez-moi vos papiers !
Naturellement, pour accomplir ce turbin délicat, j’ai pris une identité bidon. Mais en cette minute, je le regrette, parce que si je pouvais leur exhiber mes fafs de mathon, ils feraient camarade, les collègues bernois.
