
Le suspicieux, un garçon blond à la mâchoire carrée et aux cheveux coupés courts, examine mes papiers.
Il a un signe éloquent pour son copain. L’armoire se met en devoir de me fouiller. Caramba ! Moi qui ai conservé la pétoire de l’attentat ! Sa grosse paluche de broyeur de gueules va droit sur le renflement de mon costar. Il pêche la seringue avec une promptitude déconcertante.
L’autre a déjà tiré des menottes et s’apprête à me les passer. C’est le moment de tenter ma chance à la Loterie nationale, vous ne pensez pas ?
Le moment, en tout cas, de chanstiquer l’ordre des facteurs !
Je me jette en arrière, replie simultanément mes guiboles et balance un coup de pied à la lune dans les mandibules de l’homme aux poucettes. Il prend mes quarante-trois d’homme sérieux en pleine poire et ses ratiches se mettent à jouer Pars sans te retourner au xylophone. L’autre, le costaud, me colle un une-deux à l’estomac qui me retourne l’intérieur comme on retourne un pull-over et me rend tout chose.
Je m’abats, momentanément cisaillé. Le gros reprend de l’élan pour me donner un nouvel échantillon de ses connaissances pugilistes ! Je ramasse un crochet à la pommette, un direct au front et je me mets à compter des nébuleuses… Le perdreau que j’ai assaisonné est assis en face de moi, la bouche en sang. Il s’extrait les chailles, les unes après les autres, comme on effeuille une marguerite, et les pose sur la banquette.
Ce spectacle le déprime, mais galvanise son coéquipier qui revient à la charge, plus fringant qu’un taureau. Il va pour me pêcher une nouvelle fois et, comme il entend que ce soit la grosse dose de soporifique, il y met tout le pacson. Malheureusement pour ses phalangettes, j’ai le réflexe de tirer ma hure de son champ et son poing monstrueux s’abat sur un coquet paysage représentant un moulin à vent sur un horizon de tulipes. La Hollande fait mal lorsqu’elle est reproduite sur une tôle émaillée. Le méchant assommeur émet un gémissement qui fendrait l’âme d’un percepteur.
