
Je fronce le nez. Le Vieux s’en aperçoit et crache d’une voix aigre :
— Pas d’accord ?
Je me racle le gosier.
— Vous savez, patron, je ne me sens pas tellement doué pour l’équarrissage !
Il frappe du poing sur son bureau, ce qui est rare car il sait, habituellement, réprimer ses sautes d’humeur :
— San-Antonio, je vous prie de considérer que c’est Vlefta ou Mathias et que je préfère que ce soit Vlefta… C’est pour notre ami une question de vie ou de mort, je pensais ne pas avoir besoin de vous le préciser… Et j’ajoute qu’outre cet aspect sentimental, dirons-nous, du problème, il en est un autre plus grave : les intérêts nationaux. Il faut, vous m’entendez bien, il FAUT que Mathias conserve son poste chez Mohari, c’est tout !
Une nausée me tarabuste le baquet.
— Chef, fais-je, je ne proteste pas sur la nécessité de cette mission. Je vous exprime simplement mon peu d’enthousiasme. Je suis un combatif et je n’aime pas jouer les exécuteurs des Hautes Œuvres… Je pensais que certains de mes collègues moins, heu… fleur bleue feraient aussi bien l’affaire.
Oh ! les mecs. Ce rugissement ! Il devient écarlate, le Vieux Mironton ! Il y a plus de soleil dans ses grands yeux !
— Si je vous confie ce travail, c’est que j’estime que vous êtes le mieux qualifié pour l’accomplir ! Je ne fais jamais rien au hasard.
Je suis frappé par cette vérité. C’est vrai. Le Vieux est casse-bonbons, redondant, prêchi-prêcha, mais il ne laisse rien au hasard et c’est ce qui fait sa force.
— Vous vous méprenez, je crois, sur la délicatesse de votre mission, San-Antonio. Il s’agit de… d’intercepter un homme entre l’aéroport et le centre de la ville. Or vous serez en Suisse, pays paisible, de jour, entouré de gens… Il faut un type comme vous pour réussir un tel exploit sans… sans casse. Car, vous le comprenez bien, au cas où il vous arriverait quelque chose, je ne pourrais rien pour vous !
