— On ne le soupçonne pas de double jeu ?

— Je ne crois pas : il a subi plusieurs tests dont il est sorti vainqueur. En bref, sa position chez Mohari est excellente et nous avons tout lieu d’être satisfaits…

Je ne vois pas où il veut en venir. Parce qu’enfin, s’il m’a convoqué, ça n’est pas pour me faire part de sa joie de vivre ! (comme dirait Henri Spade).

Il ne tarde pas à s’expliquer.

— Tout va donc très bien à Berne. Mathias nous prévient des coups durs en préparation et il faut qu’il garde son poste !

— Quelque chose risque de le lui faire perdre ?

— Quelqu’un…

— Qui ?

— Un certain Vlefta…

— Jamais entendu parler de lui !

— C’est un Albanais qui fait partie de l’organisation Mohari… Il en est en quelque sorte l’agent général pour les Etats-Unis…

— Alors ?

— Alors, il a eu affaire à Mathias l’an dernier, pour l’histoire des plans volés au ministère de la Marine… Il connaît donc notre ami !

— Aïe !

— Et il arrive demain à Berne, venant de New York… C’est la catastrophe pour Mathias… Lorsque Vlefta le verra, il le démasquera et…

Il ne termine pas. Il n’y a rien à ajouter, du reste.

— Bon, alors ?

— C’est là que vous intervenez…

— Moi ?

— Oui. Vous filez aujourd’hui à Berne et demain matin vous attendrez l’Albanais à l’aéroport…

Bon Dieu, ce que je n’aime pas ça. Je force le Vieux à préciser ses intentions.

— Et je lui fais une commission ?

— Oui, vous lui parlez à l’oreille par le truchement de votre revolver…

Voilà qui est net et ne laisse pas de place à la fantaisie. Je n’ai plus envie de rigoler. Moi, je veux bien bousiller des mecs avec lesquels je suis en pétard, mais attendre un zig que je ne connais pas à sa descente de l’avion pour l’envoyer au ciel, alors, là…



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