Toutes les dernières nouvelles dans Svetlaïa tournaient autour de ces trois éléments: taïga, or, ombre. On apprenait qu'une brigade de bûcherons avait de nouveau dérangé un ours dans sa tanière et qu'ils s'étaient sauvés en s'entassant tous les six dans la cabine du tracteur. On parlait du poids record d'une pépite «grosse comme un poing». Et, en chuchotant, d'un nouvel évadé… Puis venait le temps des violentes bourrasques, et même ce mince filet d'information s'interrompait. On évoquait alors les nouvelles locales: un fil électrique qui avait cédé, des traces de loups découvertes près de la grange. Enfin, un jour, le village ne se réveillait pas…

Les habitants se levaient, préparaient le petit déjeuner. Et, tout à coup, ils surprenaient un étrange silence qui régnait autour de leur isba. Pas de crissement de pas dans la neige, pas de sifflement du vent sur les arêtes du toit, pas d'aboiements de chiens. Rien. Un silence cotonneux, opaque, absolu. Cet extérieur sourd distillait tous les bruits ménagers, d'habitude imperceptibles. On entendait les soupirs d'une bouilloire sur le poêle, le chuintement fin et régulier d'une ampoule. Nous écoutions, ma tante et moi, l'insondable profondeur de ce silence. Nous regardions l'horloge à poids. Le jour, normalement, aurait dû déjà naître. Le front contre la vitre, nous scrutions l'obscurité. La fenêtre était complètement obstruée par la neige. Alors, nous nous précipitions vers l'entrée et, devinant déjà l'inimaginable qui se répétait presque chaque hiver, nous ouvrions la porte…

Un mur de neige se dressait au seuil de notre isba. Le village était enseveli tout entier.

Avec un hurlement de joie sauvage, je m'emparais d'une pelle: pas d'école! pas de devoirs! Une journée de désordre bienheureux nous attendait.



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