Ou bien, c'est la dorure de son lourd disque qui a marqué cette terre rude… Et ma tante n'avait pas besoin d'inventer des exploits aériens. Mon père, géologue, avait suivi la trace dorée du balancier. Il devait espérer secrètement révéler quelque nouveau terrain aurifère pour le jour de ma naissance. Son corps n'a jamais été retrouvé. Et ma mère est morte en couches…

Quant à Samouraï qui avait à l'époque quinze ans, nous n'avions jamais bien compris, ni Outkine ni moi, qui était cette vieille au nez crochu dont l'isba lui servait de logis. Sa mère? Sa grand-mère? Il l'appelait toujours par son prénom et coupait court à toutes nos tentatives d'en apprendre davantage sur son compte.

Le balancier a suspendu ses envolées. Et la vie du village s'est limitée peu à peu à trois matières essentielles: le bois, l'or, l'ombre froide du camp. Nous n'imaginions même pas que notre avenir pourrait se déployer au-delà de ces trois éléments premiers. Il nous faudrait un jour, pensions-nous, rejoindre les hommes qui s'enfonçaient avec leurs tronçonneuses dentues dans la taïga. Certains de ces bûcherons étaient venus dans notre enfer de glace en recherchant «l'argent du Nord»: la prime qui doublait leurs maigres salaires. D'autres – prisonniers relâchés sous condition de bon travail et de conduite exemplaire – comptaient non pas les roubles, mais les jours… Ou, peut-être, serions-nous parmi ces chercheurs d'or que l'on voyait parfois entrer dans la cantine des ouvriers. Énormes chapkas de renard, courtes pelisses sanglées de larges ceintures, gigantesques bottes doublées de fourrure lisse, luisante. On disait que, parmi eux, il y en avait quelques-uns qui «volaient l'or à l'État». Oui, ils lavaient le sable dans les terrains inconnus et écoulaient les pépites sur un mystérieux «marché noir». Enfants, nous étions bien tentés par ce destin.

Il nous restait encore un choix: se figer là, dans l'ombre froide, en haut d'un mirador, en pointant une mitraillette vers les rangs des prisonniers alignés près de leurs baraques. Ou nous perdre nous-mêmes dans le grouillement humain des baraques…



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