
Et ce sans-culotte qui « travaille de ses mains, saitlabourer un champ, forger, scier, limer, couvrir un toit, faire des souliers »,qui habite dans les étages supérieurs de la maison, est bon ami, bon père, bonfils, frère de tous les sans-culottes. Il est homme de conviction, de passion, etdonc de haine pour ses adversaires.
Il est montagnard. Ils sont girondins et aristocrates.
Et la misère exacerbe les passions.
Des Enragés – Jacques Roux, Varlet –, devant la hausse desprix, la chute de l’assignat réclament le cours forcé de la monnaie, lataxation des subsistances, la réquisition des grains, le jugement desaccapareurs.
À Lyon, quatre mille canuts demandent à la municipalité d’imposerun tarif de façon aux fabricants.
« Les forces et les biens de chacun sont à ladisposition de la société », déclare le député Rabaut Saint-Étienne, pasteur,fils de pasteur et Girondin, qui a refusé de voter la mort du roi, mais sedresse contre les « accapareurs ».
Le 23 février 1793, la foule amassée à la Halle dès l’aubese précipite sur les voitures chargées de pain et les pillent. Le 24, ce sontles boulangeries qui sont prises d’assaut, et le lendemain les épiceries sontdévalisées à leur tour.
Le 24 encore, les blanchisseuses ont pillé sur les bords dela Seine les bateaux chargés de savon qui y étaient amarrés.
Et Marat, dans son Journal de la République, écrit le25 février :
« Dans tout pays où les droits du peuple ne sont pas devains titres consignés fastueusement dans une simple déclaration, le pillage dequelques magasins à la porte desquels on pendrait les accapareurs mettrait finaux malversations. »
Ainsi, les divisions haineuses s’aggravent entre d’un côtéles Girondins, qui veulent protéger les propriétés, de l’autre les Montagnards,qui soupçonnent et craignent que des « conspirateurs » ne créent destroubles pour susciter l’intervention de l’armée, le général Dumouriez venantrétablir l’ordre à Paris, et peut-être placer sur le trône un Orléans, PhilippeÉgalité.
