
« Je tiens ceux-ci d’un homme qui était posté à deuxpas de cette fatale voiture et qui nous les a racontés hier soir les larmes auxyeux. Il nous disait que plus de la moitié de la troupe qui remplissait laplace était attendrie, frémissait d’horreur lorsqu’elle vit le roi monter lesmains liées, les cheveux coupés, sur l’échafaud. Si on lui eût laissé laliberté de parler, de se faire entendre de cette multitude, qui sait ce quiserait arrivé ? Un mouvement de générosité pouvait s’emparer de cettefoule, elle pouvait saisir ce prince, l’arracher des mains de ses bourreaux etle porter de l’échafaud au trône. Il y aurait peut-être eu bataille sur laplace… Mais il n’en a point été ainsi : sa destinée était de mourir de lamort des coupables en présence d’une foule immense d’hommes qui, il n’y a passi longtemps encore, étaient ses sujets. »
En fait, pas un seul incident n’a troublé l’exécution du roi.La dispersion des dizaines de milliers d’hommes de troupe mobilisés dans toutParis s’est effectuée dans l’ordre.
« Malgré les prédictions sinistres, lit-on dans les Annalespatriotiques, Paris n’a jamais été plus tranquille. L’indifférence pourraitêtre le sentiment qui domine le plus… »
Et Lucile, l’« adorable petite blonde », l’époused’à peine vingt-deux ans de Camille Desmoulins, le journaliste et député à laConvention, ami de Danton, écrit : « C’est aujourd’hui qu’on a faitmourir Capet. Tout s’est passé avec une tranquillité parfaite. »
Dès le soir du lundi 21 janvier, la vie a repris. Lesthéâtres sont ouverts, les cafés remplis.
On parle davantage de l’assassinat du régicide Le Peletierde Saint-Fargeau, par un garde du corps du ci-devant roi, que de l’exécution dumonarque, ce « tyran ». La Convention a décidé d’accorder à LePeletier les honneurs du Panthéon.
