Son corps nu, « huilé, verni », est exposé, puistransporté en grande pompe jusqu’au Panthéon, et suivi par les députés, dessoldats et des gardes nationaux en armes. Et lorsque le cortège passe sur lePont-Neuf, on tire trente coups de canon.

« Ce bruit porta l’épouvante dans le Temple. »

Là, dans cette prison, Marie-Antoinette qu’on n’appelle plusque la « veuve Capet », devenue une vieille femme méconnaissable, passede la prostration à des convulsions, « Madame Élisabeth, la sœur du roi, estmorte d’effroi, la petite princesse – Madame Royale – se roule par terre, lepetit dauphin se cache entortillé dans les rideaux du lit de sa mère. On daignales tirer de leur effroi. »

Mais l’enterrement de Le Peletier bouleverse les patriotes.

Lucile Desmoulins confie :

« J’ai vu ce malheureux Saint-Fargeau. Nous avons fondutoutes en larmes lorsque le corps est passé, nous lui avons jeté une couronne… Jene pouvais rester seule et supporter les terribles pensées qui allaient m’assiéger.Je courus chez Danton, il fut attendri de me voir encore pâmée. »

Les Jacobins craignent que les « aristocrates », etceux qu’ils soudoient ou entraînent, ne les assassinent et ne préparent unassaut contre les sans-culottes et la Convention.

Robespierre accuse le ministre de l’intérieur, le GirondinRoland, d’avoir partie liée avec les aristocrates.

Et Roland démissionne, mais le procès des Girondins continue.

N’ont-ils pas, au cours du procès du roi, tenté d’en appelerau jugement du peuple, puis évoqué le sursis ?

Alors que cent pour cent des Montagnards ont voté la mort, etqu’il s’est trouvé trente-huit pour cent de députés de la Plaine pour voteravec eux, seuls quatorze pour cent des Girondins ont choisi d’être desrégicides.

Aux yeux des plus déterminés des Jacobins, cette « prudence »des Girondins n’est qu’un calcul coupable et dangereux à l’heure des périls.

Car dès le 28 janvier, le comte de Provence, frère du roi enexil à Hamm, en Westphalie, a proclamé, dans une déclaration aux émigrés, ledauphin roi de France et de Navarre sous le nom de Louis XVII. Lui-même s’estinstitué régent, son frère cadet, le comte d’Artois, devenant lieutenantgénéral du royaume.



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