
Le Bulletin national, en publiant cet article le 29mars 1793, exprime les sentiments de ceux qui, gardes nationaux, répondant à l’appelaux armes de leur section, sont des modérés qui veulent sauvegarder lespropriétés, souhaitent un retour à l’ordre, non pas celui, ancien, de lamonarchie, mais celui d’une République apaisée, où la loi l’emporte sur ledésordre révolutionnaire.
Mais dans les sections, et à la Convention ou aux Jacobins, ceshommes-là n’osent pas prendre la parole, craignant d’être aussitôt suspects. Et,en ces jours où la République est prise dans l’étau des armées de la coalitionet des insurgés vendéens, ces « modérés » se rapprochent desMontagnards, car ils veulent sauver la République.
Ils soutiennent la constitution, le 6 avril, du Comité desalut public, dont les premiers membres sont en majorité issus des bancs de laPlaine, et des hommes qui ne se sont ralliés à aucun camp. Les seulsMontagnards avérés sont Danton et Delacroix, et encore ce dernier n’est-il quedepuis peu montagnard.
Mais les députés de la Plaine (Barère, Cambon) membres duComité de salut public veulent eux aussi, comme les Montagnards, défendre laRévolution.
Lorsque Barère reçoit la lettre que lui adresse, à la fin dumois de mars, le député Jean Bon Saint-André, pasteur, élu du Lot, et qui vientde parcourir comme représentant en mission plusieurs départements, il en faitpart aux autres membres du Comité de salut public, et tous partagent lesremarques de Jean Bon Saint-André :
« Partout l’on est fatigué de la Révolution, écrit ledéputé. Les riches la détestent, les pauvres manquent de pain et on lespersuade que c’est à nous qu’ils doivent s’en prendre… Nous faisons bien tousnos efforts pour redonner aux âmes un peu de ressort, mais nous parlons à descadavres… Le pauvre n’a pas de pain et les grains ne manquent pas mais ils sontresserrés. Il faut très impérieusement faire vivre le pauvre si vous voulez qu’ilvous aide à achever la Révolution… Les troubles de la Vendée et des départementsvoisins sont inquiétants sans doute mais ils ne sont dangereux que parce que lesaint enthousiasme de la liberté est étouffé dans tous les cœurs. »
