
Et haussant encore la voix, plus menaçant, il lance :
« Eh bien, je crois qu’il n’est plus de trêve entre laMontagne, entre les patriotes qui ont voulu la mort du tyran et les lâches quien voulant le sauver, nous ont calomniés, dans toute la France. »
La tension est à son comble.
Les rumeurs les plus contradictoires se répandent dans Paris.On dit que l’armée de Dumouriez marche sur la capitale.
« Ce matin, à huit heures, des rappels nombreux ontfait courir aux armes et jeté l’alarme dans tous les cœurs.
« Les uns disaient qu’une partie de la Conventionpoursuivie par la peur avait quitté son poste. Les autres débitaient que leshussards étaient en pleine insurrection. Chacun faisait sa nouvelle et ilrésultait de cette confusion une cruelle incertitude sur le véritable état deschoses.
« Nous avons été sous les armes depuis dix heures jusqu’àce moment, sept heures du soir, et nous ne savons autre chose de ce grand mouvementsinon qu’on visite partout pour découvrir les émigrés et des armes cachées dansles maisons suspectes.
« En effet, des commissaires accompagnés de nombreusespatrouilles se sont portés dans les maisons et sont encore occupés, dans lemoment que nous écrivons, aux visites domiciliaires qui doivent cesser avec lejour.
« Les barrières sont fermées et les rues barricadées. Onne laisse passer aucun citoyen qui ne soit muni de sa carte.
« Ces extrêmes précautions suggérées sans doute par lanécessité ont paru rigoureuses et ne peuvent être justifiées que par le dangerde la chose publique. Salus populi suprema lux esto. Soit. Mais combiend’honnêtes artisans, d’utiles commerçants, et nos femmes timides souffrent deces grands mouvements révolutionnaires et désirent une Constitution qui enarrête le cours rapide et destructeur. »
