
Desmoulins ne fournit aucune preuve de ce qu’il avance, maisil attise la haine, et Le Patriote français, le journal de Brissot, relèvele gant.
« Depuis trop longtemps, le républicanisme et l’anarchiesont en présence et n’ont fait pour ainsi dire qu’escarmoucher. Cet étatpénible ne peut plus se prolonger : on nous présente un combat à mort, ehbien acceptons-le ! »
Les Montagnards, les Enragés souhaitent et préparent cetaffrontement.
Il faut, disent-ils, « purger », « épurer »,« organiser » le vomissement des brissotins hors de la Convention.
Le Montagnard Carrier, ancien procureur à Aurillac sous l’AncienRégime, élu député à la Convention, ajoute : « Il faut que Brissottâte de la guillotine. Il faut qu’il la danse. » La menace est explicite.
Et les Girondins se défendent.
S’ils réussissent à juguler les quelques milliers desans-culottes parisiens, le pays les suivra, pensent-ils, et rejettera lesMarat, les Robespierre, les Hébert, les Danton.
Guadet, l’élu de Bordeaux au talent d’orateur éblouissant, voltairiensarcastique, se moque de Maximilien qui invoque l’Être suprême, la Providence :
« J’avoue, dit Guadet, que ne voyant aucun sens à cetteidée de Providence je n’aurais jamais pensé qu’un homme qui a travaillé avectant de courage, pendant trois ans, à tirer le peuple de l’esclavage dudespotisme peut concourir à le remettre ensuite dans l’esclavage de lasuperstition… »
Et Buzot, figure marquante du groupe des Girondins, n’hésitepas à proposer la fermeture du club des Jacobins :
« Voyez cette société, jadis célèbre, il n’y reste pastrente de ses vrais fondateurs. On n’y trouve que des hommes perdus de crimeset dettes. Lisez ses journaux, et voyez si tant qu’existera cet abominablerepaire vous pouvez rester ici. »
