
Le programme du comte de Provence veut effacer la Révolution.
Il faut rétablir la monarchie sur les bases inaltérables deson antique constitution et la « religion de nos pères » dans lapureté de son culte et de sa discipline. Il faut redistribuer à leurs légitimespossesseurs les « biens nationaux », punir les crimes commis depuis1789, et venger le sang de Louis XVI.
Ces paroles ne paraissent pas vaines.
Le jour de la mort de Louis XVI, la Cour d’Angleterre a prisle deuil. Autour d’elle, une première coalition s’est constituée avec l’Espagne,le Portugal, la Sardaigne, le royaume de Naples, la Hollande, les Étatsallemands, l’Autriche, la Prusse, la Russie.
Face au député montagnard Barère, ancien avocat au parlementde Toulouse, qui du haut de la tribune de la Convention déclare : « Unennemi de plus pour la France n’est qu’un triomphe de plus pour la liberté »,Marat et Brissot -1’« Exagéré » et le Girondin pour une fois d’accord– mettent en garde contre les illusions.
« Comme je connais l’Angleterre, dit Marat, je ne puisme dispenser d’observer que c’est à tort que l’on croit ici que le peupleanglais est pour nous. »
Brissot ajoute que le cabinet anglais a par ses calomniesréussi à « dépopulariser notre révolution dans l’esprit des Anglais et àpopulariser la guerre ».
« Citoyens, continue Brissot, il ne faut pas vousdissimuler les dangers de cette nouvelle guerre ; c’est l’Europe entière, ouplutôt ce sont tous les tyrans de l’Europe que vous avez maintenant à combattreet sur terre et sur mer. »
Alors : « Il faut que la grande famille desFrançais ne soit plus qu’une armée, que la France ne soit plus qu’un camp où l’onne parle que de la guerre, où tout tende à la guerre, où tous les travaux n’aientpour objet que la guerre. »
Mais la guerre exige la traque de l’ennemi et de sescomplices, installe le règne du soupçon, la crainte – et la réalité – desconspirations, des trahisons. Et donc la mort qu’on donne et qu’on magnifie :
