Mais ces sans-culottes composent les comités de surveillance,qu’ont créés les sections et qui procèdent aux visites domiciliaires, interrogentles « suspects ». Et qui ne l’est pas ?

« Il est difficile, il est dangereux, à un patriote, àun républicain de bonne foi et qui a des principes sages et modérés de se montrer,de parler même en société », écrit le libraire Ruault.

Selon lui, la mort du roi a divisé les Parisiens.

« Si on la blâme devant des gens qui l’approuvent, cesont des cris de fureur, des rages qui engendrent des haines entre amis etparents et vice versa. »

« Le même désordre est entre les patriotes : êtes-vousancien jacobin, vous ne pouvez parler devant un Girondin sans que l’aigreur semanifeste tout à coup. »

Ruault est persuadé qu’un « tel état social ne peutdurer longtemps ; un parti écrasera l’autre et mettra le reste à l’unisson ».

Il est fasciné par l’évolution de ces hommes qu’il a connusavant que la passion politique et la haine ne les entraînent.

Ainsi le baron allemand Jean-Baptiste Cloots, qui, jadisdoux, honnête, généreux, se fait désormais appeler Anacharsis Cloots, a inventéle mot « septembriser ».

Il a qualifié les massacres de « scrutin épuratoiredans les prisons ».

Député à la Convention, il se présente comme l’« Orateurdu genre humain ». Il est suivi par une véritable cour de parasites quivivent de son immense fortune. « Il faut l’écouter et ne pas le contredire.Ce serait peine perdue d’entreprendre de le guérir de sa furie ; ils sontpar centaines de cette force dans la Convention. »

Ce sont ces députés-là, dont Danton dit qu’« ils nesavent voter que par assis et levé, mais ils ont de la force et du nerf ».

Et Ruault ajoute : « Il faut marcher en silenceavec eux, si l’on veut se lever et se coucher tranquille. »



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