peuple, et pour le sursis. Il est l’ennemi déclaré de Marat, dont il demande l’expulsionde la Convention : « Marat, cet homme impur ; dans nosdépartements on bénira le jour où vous aurez délivré l’espèce humaine d’unhomme qui la déshonore… »

Ceux des citoyens qui ne sont pas enrôlés dans l’un ou l’autrecamp regardent avec inquiétude, et même effroi, cette guerre qui déchire ceuxqui jadis étaient unis.

« Nous avons maintenant deux sortes de Jacobins et depatriotes qui se haïssent aussi cruellement que les royalistes et les Jacobinsoriginaux », constate, amer et accablé, Ruault ce libraire qui précisémentfut jacobin, dès les débuts du club.

« La dernière espèce de Jacobins s’appelle Girondins oubrissotins ou rolandistes. Mais la haine va toujours croissant entre les deuxpartis. »

À Paris, explique Ruault, « la faction des anciensJacobins paraît la plus forte. Elle entraîne avec elle tout le menu peuple, pourne pas dire la populace qui est aujourd’hui un mot proscrit et imprononçablepubliquement. »

Dans chaque section, une « réserve soldée » – payéepar la Commune – d’une centaine d’hommes, toujours les mêmes, fait la loi. Ilssont quatre ou cinq mille « tape-dur », dans la capitale. Plus d’unmillier d’entre eux se retrouvent dans les tribunes de la Convention, etponctuent les discours de leurs menaces, orientant les débats, pesant sur lesvotes des députés.

Un témoin anglais – Moore –, effaré et effrayé devant cettesituation, conclut que l’égalité entre les départements n’existe pas.

Par la pression de l’émeute, Paris fait la loi à laConvention et à toute la France.

Le « peuple souverain » se réduit bien souvent àces « milliers de tape-dur », dont on soupçonne qu’ils sont « dirigéssecrètement par un petit nombre de démagogues ».

Danton dénonce « un tas de bougre d’ignorants n’ayantpas le sens commun, et patriotes seulement quand ils sont soûls. Marat, ajoute-t-il,n’est qu’un aboyeur, Legendre n’est bon qu’à dépecer sa viande… »



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