
Trébuchant dans la demi-obscurité, je faillis tomber. Me baissant, je ramassai un débris poreux ressemblant à du tuf. Un autre à ma place l’aurait jeté. Mais par habitude professionnelle je me dirigeai vers un lampadaire qui diffusait une lumière blafarde. Mais bien sûr ! Que peut-on attendre d’autre dans ce pays ? C’était non pas une pierre, mais un bloc fossilisé d’information. A tout hasard je l’empochai. Une fois rentré, je relaterai à tout le monde mon périple au pays Inforia. Ma fille, elle me croira d’emblée. Si quelqu’un émet des doutes, je montrerai ce débris. Qu’on essaye un peu de réfuter une pièce à conviction !
« Et toutes les grandes découvertes scientifiques ? poursuivis-je mes réflexions. C’est que chacune d’elles n’est rien d’autre qu’une nouvelle parcelle d’information sur la nature qui nous environne. N’est-ce pas ? »
J’inventai toutes sortes d’exemples confirmant l’idée selon laquelle tout dans notre monde se réduit à l’information. Et j’imaginai comment, dans un avenir proche, les écoliers résoudraient des problèmes de ce genre :
« Deux tuyaux sont branchés sur un bassin. Si l’on ouvre les deux robinets, le bassin se remplit d’information en cinq heures. On connaît le diamètre des tuyaux. En combien d’heures le bassin se remplira d’information si celle-ci coule dans un tuyau et s’écoule dans l’autre ?… »
Marchant au hasard, je débouchai de nouveau dans la rue principale. Les passants étaient rares.
Je me sentais étranger parmi ces petits êtres adroits qui vaquaient à leurs occupations.
Vous ne pouvez imaginer ma joie lorsque j’aperçus la fine silhouette familière ! C’était Ol. Elle donnait à manger à des oiseaux peluchés. Ceux-ci piaillaient autour d’elle. Deux d’entre eux s’étaient posés sur ses épaules, les plus hardis picoraient des miettes d’information dans le creux de sa main.
— Ol, appelai-je.
— Enfin, prononça une voix réjouie à proximité.
