Nadine la regarde de côté, résignée à faire office de confidente. Elle suggère:

– Rédige un contrat pour une prochaine fois. Comme quoi le type s'engage à te tenir compagnie le lendemain, ou à te rappeler dans la semaine. Tant qu'il signe pas, t'écartes pas.

Il faut encore un peu de temps à Séverine pour comprendre si elle doit prendre ça pour une attaque, une boutade ou un judicieux conseil. Elle opte finalement pour un petit rire délicat. Subtilité affectée d'une effroyable vulgarité. Puis elle poursuit impitoyablement:

– Ce que je ne comprends pas, c'est que ce n'est pas le genre de mec à sauter sur n'importe quelle fille, autrement j'aurais pas voulu dès le premier soir. Il s'est vraiment passé un truc entre nous. En fait, je crois que je lui ai fait peur, faut pas croire: les garçons ont toujours peur des filles qui ont une forte personnalité.

Elle aborde volontiers le thème de sa «forte personnalité». Tout comme elle évoque facilement sa vive intelligence ou l'étendue de sa culture. Enigme du système mental, Dieu seul sait comment elle s'est mis ça en tête.

Il est vrai qu'elle soigne sa conversation. Elle l'émaille de bizarreries dûment accréditées par le milieu qu'elle fréquente. Elle se compose également une série de références culturelles qu'elle choisit comme ses accessoires vestimentaires: selon l'air du temps, avec un talent certain pour ressembler à sa voisine.

Elle s'entretient donc la personnalité comme elle entretient l'épilation du maillot, car elle sait qu'il faut jouer sur tous les tableaux pour séduire un garçon. Le but ultime étant de devenir la femme de quelqu'un et, avec le mal qu'elle se donne, elle envisage de devenir la femme de quelqu'un de bien.

L'intuition masculine aidant, les garçons se tiennent à bonne distance du bonsaï. Elle finira pourtant par s'en attacher un. C'est alors dans son crâne à lui qu'elle fera ses besoins quotidiens.



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