
Nadine s'étire, compatit sincèrement avec le pauvre bougre qui s'y laissera prendre. Elle se lève et va chercher une bière. Séverine la suit à la cuisine sans s'interrompre. Elle en a fini avec le goujat qui ne rappelle pas, elle reprendra ça demain. Elle s'attaque avec ardeur à l'inventaire des derniers ragots.
Appuyée contre le Frigidaire, Nadine la regarde mâcher sa salade.
Elles ont emménagé ensemble pour des raisons purement pratiques. Petit à petit, la cohabitation est devenue pathologique, mais ni l'une ni l'autre n'ont les moyens d'habiter seule. De toutes façons, Nadine ne peut se présenter aux régies alors qu'elle n'a aucune fiche de paie. Et Séverine la supporte mieux qu'elle en a l'air. Fondamentalement masochiste, elle éprouve un certain plaisir à être brusquée. Perverse sans convivialité.
Nadine finit sa bière, fouille le cendrier à la recherche d'un mégot récupérable parce qu'elle a la flemme de descendre au bureau de tabac. Elle trouve un joint qu'on a laissé s'éteindre à moitié fumé. Il reste largement de quoi être raide et cette découverte la met de bonne humeur.
Elle attend patiemment que Séverine reparte travailler, lui souhaite courtoisement bonne journée. Elle fouille dans sa chambre parce qu'elle sait qu'elle y a caché du whisky. Puis elle s'en remplit un large verre et s'installe devant la télé.
Elle allume le biz, s'applique à retenir la fumée le plus longtemps qu'elle peut. Pousse le volume de la chaîne à fond et met le magnétoscope en marche sans le son.
Im tired of always doing as I’m told, your shit is starting to grow realfy old, l'm sick of dealing with all your crap, you pushed me too hard now watch me snap.
Elle sent la distance entre elle et le monde brusquement pacifiée, rien ne l'inquiète et tout l'amuse. Elle reconnaît avec joie les symptômes d'une infinie raideur.
