
San-Antonio
Béru contre San-Antonio
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER
Affalé sur son bureau, les bras en arc de cercle, le chapeau en avant, Pinaud ressemble à un Martien timoré qui n'oserait pas sortir de sa capsule.
— Qu'est-ce qui lui prend ? demandavoixbassé-je à Béru, lequel contemple son coéquipier d'un œil lourd de compassion.
— Pinuche est en train de trépigner des cellules grises, révèle le Dodu ; figure-toi que cette vieille loque fait des mots écrasés pour un concoure dont à propos duquel le premier prix est une mobylette !
Sa Majesté rafistole sa cigarette éventrée avec le contour blanc d'un carnet de timbres, et grommelle :
— Je te demande un peu, une mobylette, à son âge ! Une supposition qu’il décrochasse le prelot, c'est la pneumonie double aussi sec pour Pépère ! Déjà, quand il passe entre deux mecs qui bâillent, il est obligé de se calorifuger l'horloge à la ouate Thermogène pour éviter les complications pulmonaires ! Tu t'imagines la Vieillesse sur deux-roues, à jouer les Fend-la-Bise ? Ah ! dis donc ! le lendemain, il glaviote ses éponges, recta.
— Pourrais-je avoir un peu de silence ? interroge la voix bêlante du mot-croiseur par-dessous le large rebord de son chapeau flétri.
Je m'approche de lui.
— Tu vas vers une distorsion du cervelet, Pinuchet, prophétisé-je.
Mon organe lui fait relever la tête. Il a les yeux gothiques, notre cher Détritus ; la prunelle rendue ogivale par l'effort cérébral.
— Oh ! c'est toi, se réjouit-il (et comme on le comprend !). Tu vas pouvoir me donner un petit coup de main, San-A.
— Tu sais, moi, les mots croisés, je ne suis pas médaillé olympique !
— C'est pas des mots croisés, c'est des charades.
— V'là autre chose ! ronchonne Béru, qui n'a jamais su et ne saura jamais ce qu'est une charade !
