— Alors, je suis partant, dis-je à l'Emmitouflé de fraie. Annonce la couleur qu'on s'explique.

Il rallume l'extrémité de sa langue où adhère un souvenir de mégot, et lit :

— Mon premier est une perturbation atmosphérique. Je croie que c'est orage, qu'en penses-tu ?

— Ça me paraît valable ; ensuite ?

— Ensuite, ça se complique, lamente le Chétif. Paul Claudel a écrit mon deuxième au maréchal Pétain, puis au général de Gaulle.

— Ode ! dis-je sans hésiter, car j'ai une culture tellement vaste que j'envisage de faire appel à la main-d'œuvre étrangère au moment de la récolte.

Le Débris note ma réponse, de confiance, et poursuit :

— Mon troisième est un village haut perché de la Côte d'Azur, cher à Francis Blanche.

— Eze ! du tac-au-tac'je, très à l'aise. Il y en a encore ?

— Quand il écrivit mon quatrième, on ne pouvait pas prévoir qu'il deviendrait ministre de la République.

— Espoir !

Pinaud écrit, docilement.

— Mon tout est un vers fameux de Corneille, annonce-t-il enfin.

— Orage-Ode Eze-Espoir, résumé-je. O rage ! O désespoir!…

— On se demande où que tu vas chercher tout ça, bée Béru. Note bien, en ce qui me concerne moi-même, c'est pas que j'aie pas d'instruction, c'est que je m'en rappelle plus ! En attendant, c'est la mobylette à brève déchéance pour Pinaud ; tu peux déjà y acheter des peaux de matou et une bonbonne de sirop des Vosges !

« T'auras une lourde responsabilité dans sa prochaine congection pulmonaire, Mec, il prophétise vigoureusement. »

Mais, tout de go, Alexandre-Benoît cesse de promettre des culpabilités sournoises et des refroidissements irrémédiables pour s'écrier :

— Maverdave ! J'oubliais de te honnir : y a le Décrêpé qui demande après toi. Ça fait quatre fois qu'y me turlute comme quoi faut que je te rabatte chez lui dès que t'arriveras. M'est avis qu'une affaire carabinée se mijote, Gars, et je te parie que dans un peu moins de pas longtemps on va jouer Troïka sur la chaude piste blanche.



2 из 176