
Je déplie pour lors son message et je lis, avec la stupeur que vous comprendrez malgré votre intelligence si limitée :
Si vous avez envie de parler de Martial, venez donc prendre le café avec moi.
Je glisse le papier dans ma poche et adresse un nouveau regard, beaucoup plus intéressé, au convive solitaire. Il s'est repenché sur son auge et attaque une crème caramel à peine moins triste que la scène finale de La dame aux camélias.
— Puis-je savoir de quoi il retourne ? emphase Pinaud, surpris par mon silence autant que par ce petit micmac.
— Il y a dans le troquet un type qui souhaite me parler ; tu permets que j'aille l'interviewer ?
Sans attendre l'assentiment de mon Pinuche, je me lève pour gagner la table du grumeur de crème renversée.
Je prends place en face de lui et il m'adresse un petit signe de tête engageant.
— Merci, monsieur le commissaire, me dit-il. Mon nom est Machinchouette, ou Trucmuche si vous préférez…
Quand on me prend pour partenaire, dans cette sorte de petit jeu, je me montre toujours à la hauteur :
— Machinchouette me convient parfaitement, affirmé-je, d'ailleurs, ça rime avec pirouette.
— Vous prenez un café ?
— Un double, si vous permettez !
— Et du Brésil, de préférence ? murmure-t-il en me proposant son étui à cigares.
Je vois que ce monsieur est pressé d'entrer dans le vif du sujet.
— Je vous écoute, tranché-je en refusant le cigare d'un geste bref.
Il dit à Germaine de nous servir deux doubles caouas et se met à flamber l'un des cigares avec componction. Ensuite de quoi, il le tète, expulse un merveilleux nuage bleuté et pousse un soupir.
