Un mou rusé dont les yeux font la navette.

Sa Majesté commande un saladier de vin chaud. Il a omis de me présenter. A Saint-Locdu, les mondanités n’ont pas cours. Tout naturellement, la converse roule sur le défunt. De quoi, de qui pourrait-on décemment parler en revenant d’un enterrement ?

— C’est moi qui t’ai envoyé un télégramme, Alexandre-Benoît, avertit le maire. Si y aurait eu que ta punaise de Laurentine pour t’informer, tu serais été prévenu au calendrier grec !

Béru remercie chaleureusement.

— J’ai eu pour trois francs vingt de télégramme, ajoute le premier magistrat, lequel a encore du jaune d’œuf entre les doigts.

Mon compagnon rembourse le maire.

— De quoi qu’il est décédé, tonton ? s’inquiète-t-il.

Mathieu regarde le fond de son verre vide et se met à imprimer des ronds de vinasse sur la table. Il stylise un vélo, puis l’emblème du billard, ensuite une auto, et enfin l’écusson des Jeux olympiques.

— Je saurais pas te dire, Alexandre-Benoît, tu devrais voir le docteur. C’est la Mélie qui l’a retrouvé mort, l’autre matin, en allant lui faire son ménage… D’après ce que m’a dit le médecin, il se serait levé la nuit. Il aurait raté une marche de son escalier et se serait estourbi en tombant. Ton oncle Prosper, près de ses sous comme tu le connaissais, il faisait pas de feu chez lui, la nuit. Il aurait pris une congestion et il en est mort. A son âge, ça pardonne pas, d’autant qu’il faisait moins dix, l’autre nuit. Quand là Mélie est arrivée, elle l’a trouvé, raide, dans sa cuisine.

Le maire se tait. La servante apporte le saladier de vin chaud. Une légère mousse violacée frise à la surface du généreux liquide. Des quartiers de citron nageotent dans le pinard chauffé. Béru officie, louche en main. Il emplit les verres avec la dextérité d’un cuistot de cantine distribuant le rata.



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