
Le troquet est bondé. Ici, les enterrements sont des espèces de fêtes communales. Après les obsèques, les bonshommes se retrouvent au bistrot et partent en java jusqu’à plus d’heure ! Ça tonitrue vilain dans la strasse quand on débarque. Des voix rocailleuses se chevauchent. C’est à qui fera donner ses cuivres pour grimper sur ceux du voisin. Mais notre arrivée rétablit le silence. Un silence trop brutal pour être naturel.
Bérurier, qui, un instant auparavant, a serré toutes ces pognes, est brusquement intimidé. Je l’ai jamais vu commak, le Gros. Une rosière qui débarquerait par erreur dans une pissotière à six places ! Il pâlit, ne pouvant rougir puisqu’il est déjà violet, et porte un doigt gercé à son bada.
— Salut ! qu’il fait en se frottant les cordes vocales au gras de lard, comme des dents de scie.
L’assistance murmure un salut. C’est maintenant les retrouvailles entre Béru et ses compatriotes. A la porte du cimetière, c’était une mesure pour rien : un numéro classique, exécuté par toute la troupe de Saint-Locdu-le-Vieux. Bérurier représentait une famille en deuil. Cette fois, c’est sa personne qui est concernée.
Il regarde l’assemblée, prend ses repères en distribuant des œillades, puis gagne la table où le maire du pays rouquine de plus belle.
— On peut t’offrir un pot, Mathieu ? s’inquiète le Mastar.
— Ben voyons, accepte l’interpellé.
Les bonshommes se tassent les miches sur le banc de bois, ciré par des générations de pantalons.
Ils sont presque tous vêtus de noir et portent des feutres ronds, cabossés, avec un bord renforcé. Le taulier vient serrer la louche à Béru. Valentin ! Il est en boulanger : falzar à petits carreaux, gilet de flanelle béant sur une poitrine velue et enfarinée. C’est un gros au nombril borgne.
