A l’entrée du cimetière, deux silhouettes noires : celle de Bérurier et celle d’une dame qu’on devine sèche et jaune sous ses voiles. Je me place dans la nouvelle file qui vient de se former. Après l’ultime salut au mort, le salut to the family ! L’agaçant, c’est qu’il faut toujours et partout faire la queue : à l’entrée des cinoches comme à la sortie des cimetières ! On fait même la queue pour venir au monde, lorsqu’on fait partie d’un convoi de quintuplés.

Dans son lardeuss noir qui s’est rétréci à la teinture, Béru ressemble à une énorme andouille de Vire. Il a les pommettes violettes de froid et son naze agrémenté d’une longue stalactite fait songer à un cheneau bouché par le gel.

Il se tient à deux bons mètres de l’autre personne. Il serre les mains des hommes, embrasse les dames, larmoie et balbutie des mercis, ainsi qu’il sied en pareille circonstance. C’est moi qui l’ai piloté jusqu’à Saint-Locdu-le-Vieux, son pays natal, car sa voiture est provisoirement hors d’usage. Berthe, grippée, n’a pu se joindre à nous. Pendant des heures nous avons lutté contre les congères, le verglas et les bourrasques de neige et nous sommes arrivés à Saint-Locdu au moment précis où le convoi quittait le domicile mortuaire.

Je mate le Gros dans son rôle de neveu éploré. Il bégaie de froid, la pauvre biquet. N’y tenant plus, il a remis son chapeau, ce dont, vu la température, personne ne songe à s’offusquer. Un poème épique, ce bitos ! Un taupé à bord étroit qu’il a également fait teindre chez un spécialiste du deuil-express. Mais la teinture a mal pris, à cause de la graisse protectrice recouvrant le bada, probable. Comme ce dernier était initialement vert, il a maintenant les apparences d’un casque camouflé.



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