
Le cortège s’est égaillé (ce qui peut paraître incongru lorsqu’il s’agit de funérailles). Maintenant ne reste plus dans le sinistre enclos
Le Mastar me saute sur le poil.
— Merci pour les farces et attrapes, Mec ! T’as l’esprit d’à-propos.
— A propos d’à-propos, Gros, le coupé-je, qui est la dame ici présente ?
Il défrime sa camarade de poignées de main et hausse les épaules avec mépris.
— Cette grande cavale ? C’est ma cousine Laurentine, la plus foutue garce du canton !
Comme il a haussé le ton, la personne incriminée rapplique, tous voiles dehors.
— Un goujat qui n’a même pas le respect des morts, c’est moins que rien, hargne-t-elle.
— T’es pas encore morte, Laurentine ! fait observer le Gros. C’est pas que je le regrette, note bien, mais je tiens à te le faire remarquer au cas que, dans toute ta punaiserie, tu t’en serais pas z’encore aperçue !
La cavale grimpe en mayonnaise. Elle baisse la voix, non pour atténuer sa véhémence, mais pour bien marquer à son effroyable cousin le respect qu’on doit à un champ de macchabes.
— Nous sommes dans un lieu saint ! objecte-t-elle, et si des va-nu-pieds l’oublient, moi, Dieu merci, je m’en souviens !
Sa Bérurerie n’aime pas ce genre d’apostrophe.
— Pas si nu-pieds que ça, ma belle, mugit-il ; tu continuerais sur ce ton que tes miches en gouttes d’huile s’en rendraient vite compte, vu que je pourrais bien leur présenter mon 44 fillette à bout carré !
Et de me prendre à témoin :
— Non, mais t’entends un peu le spécimen, San-A. ? Alors y a plus moyen d’enterrer son oncle tranquille ? Miss Jaunisse prétend te donner la leçon de morale par dix au-dessous de zéro !
