Car la femme s’exprimait dans une langue qu’il ignorait totalement.

2. DE LA MANIÈRE DE DISPOSER D’UN ÉTRANGER

Un peu plus tôt, ce même soir, à la fraîche, Loa Maren et son flegmatique époux, Arbin, jouaient aux cartes. Le vieux, assis dans son fauteuil à moteur dans un coin, froissa rageusement le journal qu’il lisait et appela : « Arbin ! »

Arbin Maren ne répondit pas tout de suite. Il palpa avec attention les minces et lisses rectangles en réfléchissant au coup suivant. Lentement, il prit sa décision et ce fut seulement alors qu’il demanda distraitement :

— Qu’est-ce qu’il y a, Grew ?

Le vieillard grisonnant lança un regard courroucé à son gendre par-dessus son journal qu’il froissa derechef. Il trouvait un je ne sais quoi d’apaisant dans ce bruit. Il faut bien, par l’Espace, qu’un homme débordant d’énergie obligé de rester cloué dans un fauteuil à roulettes avec ses deux jambes transformées en une paire de souches mortes fasse quelque chose pour s’exprimer ! Grew se servait de son journal. Il le froissait, le brandissait et, si nécessaire, en frappait tout ce qui se trouvait à sa portée.

Ailleurs, les gens avaient des machines qui éjectaient des rouleaux de microfilms servant de support aux télé-informations que l’on déchiffrait à l’aide d’un lecteur standard. Mais Grew, en son for intérieur, n’avait que mépris pour cette coutume décadente et dégénérée.

— Tu as lu ce qu’on dit à propos de la mission archéologique qu’ils envoient sur Terre ?

— Non, fit placidement Arbin.

La réponse n’était pas faite pour étonner Grew : les autres n’avaient pas encore lu le journal et la famille avait rendu sa vidéo l’année précédente. Mais, n’importe comment, sa question n’avait rien été de plus qu’un gambit d’ouverture.

— Eh bien, c’est comme ça. Ils nous en expédient une. Et qui bénéficie d’une subvention impériale. Tiens… qu’est-ce que tu dis de ça ?



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