
Grew brandit le journal en direction de sa fille et de son gendre.
Loa Maren posa ses cartes et serra les lèvres.
— Père, nous avons eu une dure journée. Alors, laissons la politique de côté pour le moment. On en reparlera plus tard, hein ? Je t’en prie, père.
— Je t’en prie, père ! Je t’en prie, père ! répéta-t-il en la singeant, la mine bougonne. M’est avis que pour refuser à ton vieux père une conversation anodine sur les événements d’actualité, c’est que tu dois en avoir joliment assez de sa présence. Probable que de me voir planté dans mon coin à ne pas bouger en vous laissant faire à vous deux le travail de trois, ça vous dérange. A qui la faute ? Je suis costaud, je ne demanderais pas mieux que de travailler. Et tu sais que je pourrais faire soigner mes jambes et recouvrer ma santé.
Tout en parlant, il s’assenait des claques sur les cuisses – des claques brutales et sonores qu’il ne sentait pas.
— Et si je ne le peux pas, c’est seulement parce qu’ils trouvent que je suis trop vieux pour que le traitement en vaille la peine. Ce n’est pas une « culture aberrante », ça ? Quel autre nom donner à une société où on ne veut pas qu’un homme qui en est capable ait le droit de travailler ? Par l’Espace, il commence à être temps d’en finir avec ces foutaises sur nos soi-disant « institutions originales ». Elles ne sont pas seulement originales : elles sont cinglées ! A mon avis…
Il agitait les bras et, sous l’effet de la colère, son visage était violacé.
Arbin s’était levé. Il agrippa d’une poigne ferme l’épaule du vieil homme.
— Allons, Grew, à quoi bon s’énerver ? Quand vous aurez fini le journal, je lirai cet article.
— Bien sûr, mais tu seras d’accord avec eux. Alors, à quoi ça servira ? Vous autres, les jeunes, vous n’êtes que des chiffes molles. De la cire dans la main des Anciens.
