Bien sûr, il y avait la bombe atomique et toutes ces discussions quelque peu choquantes sur l’éventualité d’une troisième guerre mondiale mais Joseph Schwartz croyait en la bonté intrinsèque de la nature humaine. Il n’imaginait pas qu’il pourrait y avoir un nouveau conflit. Il ne concevait pas que la Terre pourrait assister une seconde fois au déchaînement de la fureur de l’atome.

Aussi adressait-il un sourire indulgent aux enfants qu’il rencontrait sur son chemin en leur souhaitant silencieusement de passer vite et sans trop de difficultés le cap de la jeunesse pour entrer dans les eaux paisibles de la meilleure partie de l’existence.

Il leva le pied pour éviter une poupée de chiffons abandonnée au milieu du trottoir, enfant trouvée en attente de parents adoptifs. Il ne l’avait pas encore tout à fait reposé par terre quand…

Dans un autre quartier de Chicago était installé l’Institut de Recherches nucléaires. Là aussi, les gens avaient peut-être une opinion quant à la valeur essentielle de la nature humaine mais c’était à leurs yeux des théories dont ils ne se vantaient pas puisque l’on n’avait pas encore inventé l’instrument susceptible de mesurer quantitativement l’être humain. Et, quels que fussent leurs points de vue personnels, ils en étaient tous à espérer que la foudre du ciel empêcherait ladite nature (et la maudite ingéniosité) humaine de transformer la moindre découverte innocente et intéressante en une arme de mort.

Et pourtant, le chercheur atomiste qui, en dépit des tiraillements de sa conscience, était incapable, aiguillonné qu’il était par sa curiosité, de renoncer à des travaux susceptibles d’anéantir la moitié de la Terre, eût sans hésiter risqué sa vie pour sauver celle du plus falot de ses contemporains.



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