Ce fut la luminescence bleuâtre scintillant derrière le dos du chimiste qui attira l’attention du Dr Smith.

Il la remarqua en pénétrant dans le laboratoire dont la porte était entrouverte. Le chimiste, un jeune homme d’humeur folâtre, sifflotait tout en inclinant une éprouvette graduée contenant une solution volumétrique. Une poudre blanche flottait paresseusement dans le liquide où elle se dissolvait sans se presser. C’était tout. Soudain, l’instinct qui avait ordonné au Dr Smith de s’arrêter net le poussa à agir.

Il se rua à l’intérieur de la pièce, s’empara d’une règle métallique et balaya d’un seul coup tout ce qui se trouvait sur le bureau. Il y eut un sinistre sifflement de métal en fusion.

Une goutte de sueur glissa le long du nez du Dr Smith.

Le chimiste contempla d’un air hébété le sol cimenté sur lequel les éclaboussures métalliques s’étaient déjà solidifiées. Il en émanait encore une forte chaleur.

— Que s’est-il passé ? demanda-t-il d’une voix mal assurée.

Le Dr Smith haussa les épaules. Il était secoué, lui aussi.

— Je ne sais pas. Ce serait plutôt à vous de me le dire. Qu’est-ce qu’on fabrique ici ?

— Rien, répondit le jeune homme sur un ton plaintif. Ce n’était qu’un spécimen d’uranium brut. J’effectuais un dosage électrolytique au cuivre… je ne comprends pas ce qui a pu se produire.

— Ce qui s’est produit, je l’ignore, jeune homme, mais je vais vous dire ce que j’ai vu : une aura lumineuse émanant de ce creuset de platine. Il y avait là des radiations dures. C’est sur de l’uranium que vous travailliez, dites-vous ?

— Oui, mais de l’uranium à l’état brut ! Ce n’est pas dangereux. Je veux dire que la pureté de l’échantillon est l’une des conditions les plus importantes de la fission, n’est-ce pas ? (Il s’humecta les lèvres.) Pensez-vous qu’il y a eu fission, monsieur ? Ce n’était pas du plutonium et il n’y a pas eu de bombardement particulaire.



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