
La seule conclusion à laquelle on parvint fut que la physique nucléaire recelait encore de bizarres et inquiétantes zones d’ombres.
Pourtant, le Dr Smith ne put se résoudre à dire toute la vérité dans le rapport final qu’il rédigea. Il ne fit pas allusion aux trous dans le mur du laboratoire. Il ne précisa pas que celui qui se trouvait le plus près du creuset était à peine visible, que celui qui perforait le thermostat était sensiblement plus grand et que le dernier, trois fois plus éloigné du point d’origine, avait le diamètre d’un clou.
Un rayon se propageant en ligne droite pouvait franchir plusieurs kilomètres avant que la rotondité de la Terre intervienne pour l’empêcher de causer d’autres dommages. Il aurait alors trois mètres de large. A ce moment, il se ruerait à travers l’espace en s’affaiblissant à mesure qu’il s’épanouirait, créant une contrainte anormale dans le tissu même du cosmos.
Le Dr Smith ne souffla mot à personne de cette hypothèse fantastique.
Il ne dit à personne que le lendemain, à l’infirmerie, il s’était fait apporter les journaux du matin et les avait scrutés avec une idée bien précise en tête.
Mais un nombre considérable de gens disparaissent tous les jours dans les métropoles gigantesques telles que Chicago. Et nul témoin ne s’était présenté en hurlant dans aucun commissariat pour signaler en bafouillant qu’un homme (ou une moitié d’homme ?) s’était volatilisé sous ses yeux. En tout cas, la presse ne mentionnait rien de pareil.
Finalement, le Dr Smith parvint à oublier l’incident.
Pour Joseph Schwartz, la chose était arrivée à l’instant où il avait un pied en l’air. Le pied droit qu’il avait levé pour enjamber la poupée de chiffons. Il éprouva alors une fugitive impression de vertige – comme si pendant une fraction de seconde une tornade temporelle le soulevait et le retournait à la manière d’un gant. Quand il reposa le pied, ses poumons se vidèrent avec un râle, il s’affaissa lentement et tomba dans l’herbe.
