Il attendit longtemps, les yeux fermés.

Puis il les rouvrit.

C’était vrai ! Il était assis dans l’herbe. Là où, un moment auparavant, il n’y avait que du macadam.

Les maisons, l’alignement de maisons blanches plantées sur leur carré de pelouse, avaient disparu. Toutes !

Ce n’était d’ailleurs pas sur une pelouse qu’il était assis, car cette herbe était dure et sauvage. Et il y avait des arbres aux alentours. Beaucoup d’arbres. Et encore davantage à l’horizon.

Ce fut alors que Joseph Schwartz éprouva le choc le plus violent : en effet, les feuilles de quelques-uns de ces arbres étaient rousses et il sentit sous sa main la forme d’une feuille morte, sèche et friable. C’était un citadin mais, quand même, l’automne, il connaissait.

L’automne ! Or, quand il avait levé le pied droit, c’était en juin et tout était d’un vert lumineux et frais.

Machinalement, il abaissa les yeux sur ses pieds et tendit le bras en poussant une exclamation… La petite poupée de chiffons qu’il avait enjambée, infime vestige de réalité…

Eh bien, non ! Il la tourna et la retourna entre ses mains qui tremblaient. Elle n’était pas entière. Mais pas déchiquetée, non plus : nettement sectionnée. Voilà qui était singulier ! Elle était tranchée dans le sens de la longueur et de façon si précise que la bourre qui la garnissait n’avait pas bougé d’un cheveu. Les fils étaient coupés ras.

Un reflet sur sa chaussure gauche attira son regard. Sans lâcher la poupée, il leva le genou. L’extrême pointe de sa semelle dépassant du bord de l’empeigne était sectionnée, elle aussi. Jamais un cordonnier terrestre armé d’un tranchet terrestre n’aurait pu décapiter ainsi la trépointe. La surface incroyablement égale de l’entaille luisait d’un éclat presque liquide.



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