— Non ! s’exclama-t-il.

Ce n’était pas possible. Il examina sa chemise. C’était celle qu’il avait mise le matin même – ou ce qui aurait dû être le matin même – et elle était propre. Après une seconde de réflexion, il enfonça sa main dans la poche de son veston et en ressortit une pomme.

Il mordit rageusement dans le fruit. La pomme était mûre et la fraîcheur du réfrigérateur où il l’avait prise deux heures auparavant était encore sensible.

Et cette petite poupée ? Qu’est-ce que cela voulait dire ?

Il avait l’impression de perdre la raison. Si ce n’était pas un rêve, il était vraiment en train de devenir fou.

Il réalisa soudain que ce n’était plus la même heure. On était en fin de journée. En tout cas, les ombres étaient plus longues. D’un seul coup, le silence désolé du lieu lui fit l’effet d’une chape glacée.

Il se mit debout en chancelant. Pas de problème, il fallait trouver quelqu’un. Des gens. N’importe qui. Et une maison, c’était tout aussi impératif. Pour cela, le meilleur moyen était de chercher d’abord une route.

Machinalement, il se mit en marche dans la direction où les arbres étaient le plus clairsemés.

La fraîcheur du soir s’infiltrait sous sa veste et la cime des arbres s’encapait d’ombre quand il atteignit un impersonnel ruban d’asphalte. Il s’y rua avec des sanglots de soulagement, heureux d’en sentir le contact rugueux sous ses pieds.

Mais la route était absolument déserte dans les deux sens et il se sentit à nouveau glacé. Il avait espéré rencontrer des voitures. Rien n’aurait été plus simple que d’en arrêter une et de demander au conducteur (son exaltation était telle qu’il posa la question tout haut) : « Allez-vous par hasard à Chicago ? »



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