Je le regarde se servir un ballon de rouge et se le téléphoner en priorité-presse, le coude remonté plus haut que l’oreille, le petit doigt pointé, le regard verrouillé pour cause d’extase. Sa lèvre inférieure parvient à emprisonner sa moustache pour l’essorer. Il clape de la menteuse et lave son glass dans le bac à plonge. Dans le fond, Gaston, ce ne serait-il pas cela, le bonheur ? Une vie close, réduite à l’excès ? Un petit job immobile, une ébriété endémique, le cul à portée de main… La vie vient à lui sous forme d’habitués et de fournisseurs. Il règne sur ses quarante mètres carrés d’empire, en potentat sûr de lui et dominateur. Troussées à la mère Rirette dont il aime l’opulence des formes, quelques caresses osées à Fleur de Misère, pour se mettre à jour les perversités ; du matin au soir, il picole son vin, la nuit il recompte sa recette et demain est un même jour ; surtout pas un autre, comme les cons se figurent. Un tout pareil, programmé à la minute, avec les mêmes sensations, les mêmes sons, les mêmes odeurs. Il se fout du temps, Finfin. Les saisons, c’est l’affaire des autres. Chez lui, y a pas de printemps et pas d’hiver non plus.

Ce qui me turlubite, c’est la raison qui a poussé M. le ministre à me filer le ranque dans un lieu si humble.

Nostalgie du passé ? Souci de discrétion ? Tôt, le matin, J’ai été réveillé par le brigadier Poilala, son factotum au ministère.

« — Commissaire, escusez si je vous demande pardon pour l’heure induse, c’est rapport à Bér… à môssieur le miniss qui vous demande de le retrouver à midi chez Finfin, aux Gobelins, pour une urgerie de la plus grande importance. Môssieur le miniss vient de m’appeler d’Amsterdam où qu’y l’a été pour la conférence internationale d’Interpoule. Y compte rigoureusement sur vot’ présence. »



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